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Catégories Physique, Ressources

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14.10.2019, par Muriel Florin

Comme pour les insectes, il reste beaucoup d’espèces à découvrir parmi ces myxomycètes.

Ce qui le différencie des amibes, c’est que les myxomycètes peuvent atteindre de grandes tailles, alors que l’amibe est généralement petite. Des chercheurs se sont même amusés à obtenir un blob de 10 mètres carrés, enregistré au livre des records. La membrane se déforme, ce qui lui permet de se déplacer de 0,5 centimètre par heure. Mais il peut accélérer jusqu’à des pointes de 4 centimètres par heure.

Dans un milieu liquide, cette amibe s’équipe de deux flagelles pour se déplacer et part en nageant à la recherche d’une amibe de sexe opposé pour reformer une cellule diploïde par fusion. C’est forcément étonnant, un organisme unicellulaire que l’on peut voir à l’œil nu, avec plus de 700 types sexuels et qui peut se régénérer. Il a donc de grandes chances de pouvoir trouver chaussure à son pied.

Il a été surnommé le blob, comme le titre du film d’horreur où Steve McQueen se bat contre un extraterrestre géant et gluant qui grossit à chaque fois qu’il avale quelqu’un. Il suffit de le réveiller en versant un peu d’eau dessus.

Il sait même transférer ce qu’il a appris à ses congénères.

Il peut résoudre des problèmes dans son environnement, c’est vrai, le blob sait prendre les bonnes décisions. Il est capable de sélectionner la meilleure nourriture pour sa croissance, et d’ignorer les choses qu’il n’aime pas. Il utilise un procédé d’apprentissage appelé habituation, qui n’avait jamais été observé auparavant chez un organisme unicellulaire. Un blob est capable de transmettre ce qu’il a appris à d’autres blobs.Mis en dormance puis réveillé plusieurs mois après, il utilise ce qu’il a appris.

On pense que cela est lié à la pression de la compétition dans leurs environnements originels.

Le blob a ensuite été délaissé pour des modèles cellulaires plus proches de l’homme. Son étude faisant appel à des disciplines très diverses encourage ces regards croisés et les chercheurs qui travaillent sur des organismes peu étudiés. Les connaissances acquises vont alimenter la recherche appliquée.

Le blob fait briller les yeux des enfants. Il n’est pas très interactif, c’est sûr, mais avec lui, on peut faire des expériences et voir le résultat tout de suite. En plus, personne ne sera obligé de l’emmener chez lui pendant les vacances. Il suffit juste de l’endormir !

C’est à partir du 19 octobre que les visiteurs du Parc zoologique de Paris pourront admirer le blob. À voir sur CNRS Le journal Le zoo des scientifiques, notre reportage réalisé en 2014 à la réouverture du Parc zoologique de Paris.

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Catégories Biodiversite, Ecosysteme

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Il n’est plus aujourd’hui possible de nier ou d’ignorer la crise écologique.

Innovation technologique et écologie : une relation ambigüe

L’innovation, par définition, désigne le processus consistant à améliorer quelque chose d’existant. Ce n’est que plus tard que l’on a pris conscience que la généralisation de cette innovation ferait peser sur le climat global une sérieuse menace à travers ses émissions de gaz à effet de serre. Si l’on pose un regard critique sur l’innovation technologique des derniers siècles, il est évident qu’elle a eu en général des conséquences très positives. Que l’on parle de l’informatique, de la médecine, de l’énergie ou du transport, on ne compte plus les innovations technologiques qui ont permis d’améliorer nos vies, notre santé, notre productivité ou encore notre confort.

Les innovations de la chimie, ont largement contribué à polluer les écosystèmes et à affecter la biodiversité. Le problème, c’est qu’en général les innovations technologiques tendent à consommer toujours plus d’énergie et de ressources et à produire des déchets.

L’innovation technologique pour des solutions écologiques ?

D’un autre côté, l’innovation est aussi l’un des leviers les plus efficaces pour améliorer notre impact écologique. Les progrès en techniques et en technologies agricoles permettent aussi de produire plus de nourriture sur une plus petite surface et donc de réduire notre empreinte écologique. Jusqu’à aujourd’hui toutefois, un certain nombre de problèmes empêchent l’innovation technologique de constituer une solution complète à nos problèmes écologiques. Nous avons besoin d’énormément d’énergie pour soutenir nos systèmes économiques, agricoles ou sanitaires, et encore plus pour mettre en place certaines technologies potentiellement utiles sur le plan écologique .

Or, nous ne savons pas aujourd’hui produire une énergie réellement propre. Pour généraliser les énergies renouvelables, il faudrait développer des solutions de stockage qui sont techniquement irréalistes avec les technologies actuelles . L’hydrogène, pour certains prometteur, nécessite tellement d’énergie primaire pour être produit qu’il pollue plus sur son cycle de vie complet que les énergies fossiles. Bref, on ne sait pas produire une énergie propre capable de soutenir nos usages.

Le lithium par exemple, indispensable pour les batteries est aujourd’hui recyclable en moyenne à 50% avec les technologies actuelles. Il n’est donc pas certain que l’on ait assez de lithium pour assurer la transition énergétique. Une fois ces écosystèmes contaminés et dégradés, impossible de revenir en arrière, et cela contribue à la destruction de la biodiversité, des sols ou des réserves d’eau. Pour ces trois raisons les innovations technologiques récentes ainsi que celles que l’on entrevoit dans une perspective proche ne peuvent pas être réellement des solutions généralisables à la crise écologique.

Innover demain pour l’écologie : un pari sur l’avenir

Il est également possible qu’un jour ou découvre des procédés de recyclage beaucoup plus performants permettant de ne plus être en tension sur les matériaux critiques pour la production d’énergies renouvelables. Certains imaginent même le développement d’une « singularité technologique », une super-intelligence capable de résoudre virtuellement tous nos problèmes. La vérité, c’est qu’on ne peut pas prévoir l’avenir avec certitude. De nombreuses innovations naissent par sérendipité, d’autres font des avancées exponentielles suite au développement d’un marché plus mature.

C’est-à-dire qu’il faut tenter d’évaluer de façon réaliste la probabilité pour qu’une innovation de ce type survienne. Et pour ça, on peut utiliser des raisonnements emprunté aux mathématiques.

Prédire l’innovation écologique : une approche probabiliste

Pour simplifier, l’inférence bayésienne est un raisonnement probabiliste qui consiste à évaluer ou calculer la probabilité d’une hypothèse en fonction des connaissances actuelles disponibles sur cette hypothèse. On va donc chercher d’abord vers le vide poche et seulement après dans le réfrigérateur . En utilisant l’inférence bayésienne, on peut par exemple prédire qu’il est assez probable que les technologies actuelles ou naissantes vont s’améliorer de façon quasi-exponentielle. Concrètement, leur coût va probablement baisser tandis que leur déploiement va augmenter en suivant des courbes logarithmiques/exponentielles.

En effet, des études statistiques ont montré que dans le passé, la plupart des procédés techniques ont suivi les courbes des lois de Moore et de Wright, qui prédisent de telles évolutions. Pour que ces question soient résolues il faudrait à la fois que le déploiement des énergies décarbonées se généralise, y compris dans des domaines où elles n’ont pour l’instant pas vraiment fonctionné et que la performance et le coût des procédés de recyclage suivent eux-aussi des courbes de Wright. Depuis 200 ans, des innovations de rupture ont régulièrement eu lieu dans des domaines critiques pour l’écologie, comme l’énergie par exemple. Les premiers moteurs ou machines à vapeur ont été pensés et expérimentés au cours du 17ème et du 18ème siècle.

Ils ont été remplacés progressivement par les moteurs à explosion à partir de la fin du 19ème. Les énergies fossiles ont progressivement remplacé la biomasse classique, et elles se sont vues elles-même concurrencées par des énergies comme le nucléaire ou les énergies renouvelables à partir du début des années 1950 pour le premier et des années 1990 pour les secondes. Les technologies en développement actuellement sont loin d’être compétitives par rapport aux énergies fossiles, et elles ne le seront probablement pas avant plusieurs années, voire plusieurs dizaines d’années.

Innovation : une question de gestion collective

Compte tenu de ce ralentissement de la recherche, il semble peu probable que des innovations technologiques avec un impact suffisant émergent dans les prochaines décennies. Bien sûr, pour avoir une idée plus précise de cette probabilité, il faudrait être capable de la quantifier, en utilisant de vrais modèles mathématiques intégrant les nombreux facteurs en jeux, chose qu’on ne prétendra pas pouvoir faire ici. Mais ces approximations permettent de penser que les conditions de l’émergence de telles innovations ne sont pas tout à fait réunies aujourd’hui. Or, si l’on écoute le GIEC, il faudrait procéder à des changements majeurs avant une ou deux décennies maximum pour éviter de déclencher des mécanismes climatiques incontrôlables.

À partir de là, il semble raisonnable de dire que les sociétés contemporaines sont, concernant l’innovation, devant une vraie question de gestion collective. Si l’on voulait pouvoir faire confiance à l’innovation technologique pour résoudre nos problèmes écologiques dans le court laps de temps qui nous est imparti, alors il serait nécessaire de s’en donner les moyens. Cela signifierait donc qu’il faudrait drastiquement augmenter l’investissement privé et public dans la recherche, en particulier sur les sujets en lien avec l’écologie. Concernant l’argent public, dans un pays comme la France cela impliquerait de renoncer à d’autres investissements publics, comme le soutien à certaines industries, voire certaines prestations sociales.

Innovation et sobriété écologique

Sobriété qui pourrait d’ailleurs questionner aussi l’innovation. En effet, la question de l’innovation face aux défis écologiques devrait sans doute nous inciter à repenser notre rapport à l’innovation et à la technologie en général.

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Catégories Ecosysteme, Sciences de l'Information et de la Communication

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Révision de la loi de bioéthique : l’extension du DPI s’invite dans le débat

synthèse de presse bioéthique. Dans une récente interview accordée au Journal du Dimanche et « comme depuis des années «, René Frydman réclame « l’autorisation d’un dépistage ADN dans certains cas de fécondation in vitro «, c’est-à-dire une extension du diagnostic préimplantatoire aux aneuploïdies.


Ce dossier traite des actualités relatives à la loi de bioéthique en France : 1ère loi de bioéthique en 1994, 1ère révision en 2004, 2ème révision en 2011. Il traite aussi des Etats généraux de la bioéthique qui ont eu lieu en 2009 et 2010 (phase préparatoire de la 2ème révision) et les modifications intervenues en dehors des révisions sur des sujets précis par exemple la recherche sur l’embryon en 2013. Il aborde enfin, de façon plus accessoire, les législations d’autres pays sur les enjeux de bioéthique. Thèmes connexes traités dans d’autres dossiers : diagnostic prénatal (DPN) , diagnostic préimplantatoire (DPI), procréation médicalement assistée (PMA) et gestation pour autrui (GPA), clonage, fin de vie, don d’organes, recherche sur l’embryon -> un dossier existe pour chacun de ces thèmes.

Ce dossier propose plusieurs outils permettant d’appréhender l’ensemble du sujet :

  • Les « synthèses de presse quotidiennes » résument les principales informations diffusées dans les médias français mais aussi internationaux.
  • Les articles « Gènéthique vous informe » proposent des analyses et publient des informations nouvelles.
  • Le « Coin des experts » contient des interviews ou tribunes d’experts qui apportent des éclairages juridiques, scientifique, médical, philosophique, selon l’expertise de l’auteur.

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L’embryon humain est certes une personne potentielle, mais ce n’est pas une personne. Pierre Jouannet – DR

Bernard Baertschi, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm)

2 000 : c’est le nombre d’amendements passés en revue par la commission spéciale de l’Assemblée nationale chargée d’examiner le projet de révision de la loi relative à la bioéthique. Un chiffre qui laisse présager des débats intenses, alors que le texte est soumis à l’ensemble des députés ce lundi 24 septembre.

Parmi les 7 volets couverts par les 32 articles du projet de loi figure notamment la question sensible de la recherche sur l’embryon. Une occasion de faire le point sur la façon dont ce dernier est considéré par le législateur dans notre pays.


À lire aussi : Révision des lois de bioéthique : entre éthique et politique


Distinguer les « personnes » et les « choses »

De nombreux aspects du droit français découlent du droit romain. C’est notamment à ce dernier que nous devons l’existence de deux statuts juridiques : celui des personnes et celui des choses. Pour le droit romain, les êtres habitant le monde sublunaire se divisent en ces deux catégories. Les choses ont généralement un propriétaire, elles peuvent être achetées et vendues, utilisées ou détruites par celui qui les possède. Ce n’est pas le cas des personnes qui, de plus, sont des sujets de droit. Les êtres humains adultes sont des exemples paradigmatiques de personnes.

La question du statut juridique de certains êtres est parfois plus sujette à controverse. C’est par exemple le cas des animaux : un tribunal argentin à récemment attribué à une femelle orang-outang vivant au zoo un statut de « personne non humaine ». Mais les êtres vivants ne sont pas les seuls concernés, puisqu’en 2017, la Nouvelle-Zélande a accordé le statut de personne au fleuve Whanganui, lui assurant ainsi protection et droits. Quelques jours plus tard, l’Inde faisait de même avec le Gange et la Yamuna.

Sur le plan de l’éthique, la notion de statut moral joue un rôle analogue à celle de statut juridique pour le droit. Avoir un statut moral, c’est posséder une valeur qui compte moralement et qui est la source de devoirs moraux.

Traditionnellement, c’est le statut de personne qui est considéré comme le statut moral le plus élevé : les personnes possèdent une dignité particulière, est-il souvent précisé. Pourquoi cela ? Parce que la personne est un être doué de raison répète-t-on depuis Boèce (Vème siècle). On retrouve cette affirmation chez les philosophes qui ont marqué la pensée morale occidentale, de Thomas d’Aquin, l’inspirateur de la tradition catholique à Emmanuel Kant, le philosophe le plus cité dans la pensée moderne et contemporaine, en passant par John Locke, l’un des pères du libéralisme politique. Kant précise que la personne est

« un être entièrement différent, par le rang et la dignité, de choses comme le sont les [êtres] dépourvus de raison, dont on peut disposer à sa guise. » Anthropologie du point de vue pragmatique (1984), p. 17

Dans cette conception, il apparaît immédiatement que l’embryon n’est pas une personne, car on ne saurait dire qu’il est doué de raison. Cependant, « être doué de raison » est une expression un peu vague, et il est nécessaire de préciser quelles sont les capacités rationnelles qui comptent.

La question du statut moral

Pendant longtemps en Occident, le critère déterminant a été le moment de l’animation, c’est-à-dire l’instant où on imaginait que l’âme entrait dans le corps humain. Ces débats ne datent pas d’hier : pour Basile de Césarée, l’âme pénétrait dans le corps à la conception. Thomas d’Aquin considérait quant à lui que cela se produisait entre le 40e et le 80e jour de la gestation, tandis que selon Augustin d’Hippone, c’était à la première respiration.

Bien plus tard, Kant, considérant que la capacité pertinente est la conscience de soi, estimera que l’enfant devient une personne vers l’âge de 2 ans, lorsqu’il ne parle plus de lui à la 3e personne, mais dit « je ». Plus proche de nous, le bioéthicien contemporain Tristram Engelhardt, estime que ce qui compte, c’est la possibilité de blâmer ou de louer et d’être l’objet de louange ou de blâme. Bref, d’avoir une conscience morale. Il s’agit là de capacités que ni un embryon ni un fœtus ne possèdent et ne sauraient posséder.

Certes, pour les philosophes, ne pas être une personne n’implique pas que l’on soit une chose, car l’éthique n’est pas tenue à adopter la dichotomie du droit. Mais il s’ensuit que l’embryon et le fœtus ne bénéficient pas de la protection et des droits moraux des personnes. Donc, quand leurs intérêts entrent en conflit avec ceux des personnes, ils ne sauraient prévaloir. C’est ainsi qu’il est possible de justifier moralement l’avortement et les recherches sur les embryons, même si elles se terminent par leur destruction.

Cependant, en tant qu’ils sont de véritables intérêts, les intérêts de l’embryon méritent considération et une certaine protection – contrairement à ce que disait Kant, il existe de bonnes raisons de penser que les embryons ne sont pas des choses « dont on peut disposer à sa guise ».

L’embryon, une personne potentielle

Parmi les bonnes raisons de s’opposer à Kant, il y a le fait qu’embryons et fœtus sont des personnes potentielles. Une personne potentielle est un être qui deviendra une personne, lorsqu’il aura acquis les capacités constitutives de la personne. Dans son état actuel, une personne potentielle n’_est donc _pas une personne, tout comme un président potentiel de la France – un candidat à l’élection présidentielle – n’est pas président de la France.

Le Comité consultatif national d’Éthique (CCNE) a soutenu cette position sur la base d’une argumentation de type juridique : comme l’enfant devient une personne à la naissance, avant cet événement, il est un être qui deviendra une personne mais n’en est pas encore une, bref, il est une personne potentielle. Sur le plan philosophique, le même raisonnement est valide, sauf qu’il n’existe pas de consensus sur un critère qui serait la naissance.

Quand l’embryon devient-il un individu ?

Cette indétermination fait que, dans une pratique qui veut s’inspirer de positions philosophiques, on opte souvent pour une solution restrictive : il faut que des intérêts humains importants soient en jeu pour qu’on permette la destruction d’un fœtus (l’avortement) ou l’instrumentalisation des embryons (la recherche). En outre, on place une limite temporelle précoce, afin d’éviter de porter préjudice à un être humain qui, avec son développement, va ressembler de plus en plus à une personne.

Ainsi l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est limitée à 12 semaines de grossesse (l’interruption médicale de grossesse, ou IMG, est possible plus longtemps, mais il y faut des raisons plus graves) et la recherche sur l’embryon est bornée dans certains pays au 14e jour.

Cette dernière limite est intéressante. En effet, elle marque la fin de la totipotentialité de l’embryon (durant les premières divisions de l’œuf, les cellules peuvent se transformer en n’importe quel type cellulaire, pour donner un organisme entier ; cette capacité disparaît rapidement) ainsi que l’apparition de la ligne primitive, qui définit le plan de symétrie bilatérale de l’embryon. Avant ces deux événements, si on coupe un embryon en deux, il se divise pour donner des jumeaux bien vivants. Après, il meurt. Leur survenue marque fait donc d’une collection de cellules un véritable individu.

Être un véritable individu, ce n’est pas encore être une personne. Cependant, on ne saurait être une personne sans être un individu, puisqu’une personne est un individu doué de raison.

L’argument de la rationalité

Il reste à se demander pourquoi certains courants – en France et en Europe, il s’agit surtout du catholicisme – considèrent que l’embryon est une personne dès la fécondation. Basile de Césarée l’avait affirmé, mais il se référait à l’entrée de l’âme dans le corps, un événement inobservable même pour ceux qui croient à sa réalité. Qu’en est-il si on adopte le critère de l’apparition de la rationalité ?

L’argumentation présentée jusqu’ici milite fortement contre cette affirmation. Ses partisans font toutefois remarquer qu’un être peut posséder la raison sans qu’on s’en aperçoive, car il n’a pas les moyens de la manifester. Selon eux, ce serait la condition des embryons humains. En effet, ils possèdent déjà tout ce qu’il faut pour être une personne – leur génome humain est constitué – et il suffit d’attendre pour que ce qui est là, à l’état latent, se réveille. Lorsque je dors, je continue d’être une personne.

Cet argument a une certaine solidité apparente, même si on a de bonnes raisons de penser qu’il met dans le génome de l’embryon bien des choses qui n’y sont pas (encore). Il s’appuie néanmoins sur une conception qui fait de toute potentialité une capacité, bref, qui confond les deux notions.

Un gland est un chêne potentiel, mais il ne possède pas en tant que gland les capacités que possède un chêne ; il ne deviendra un chêne que s’il est planté et arrosé. De manière plus frappante, quoique moins pertinente : le sable est du verre potentiel, mais il n’a pas du tout les mêmes propriétés ; notamment, le sable n’est pas fragile, il n’a pas la capacité de se briser lorsqu’il est heurté. Il n’acquiert cette capacité que s’il est chauffé. De la même manière, un embryon humain ne possède pas les capacités que possède une personne : il n’est pas encore doué de raison. Il est certes une personne potentielle, mais il n’est pas une personne.


Pour en savoir plus :

Jouannet P., Baertschi B., Guérin J.-F. (2019), « Recherches sur l’embryon : dérive ou nécessité ? », éditions Inserm/Le Muscadier, coll. « Choc santé »

Bernard Baertschi, Université de Genève et Comité d’éthique, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


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Catégories Droit, Bioéthique