Désinformation en ligne : sortir de la dictature du temps court

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Des « bots » aux « fermes à trolls » en passant par Cambridge Analytica la désinformation en ligne est devenue un phénomène politique. Souvent réduit aux « fake news », l’épineux problème cache en fait une réalité plurielle qui regroupe des biais cognitifs1, une crise du journalisme et de la confiance en l’État et une paresse intellectuelle croissante du public. Conséquence de ce joyeux cocktail, le phénomène de la désinformation en ligne prend aujourd’hui une ampleur sans précédent.

Un phénomène complexe

Pour bien comprendre le phénomène, il faut en envisager les tenants et les aboutissants. En recoupant ces deux champs , la désinformation en ligne apparaît dès lors plus clairement dans sa complexité. Il ressort de l’étude de l’Université d’Oxford précitée que le réseau social Facebook s’est fait le canal privilégié pour cette désinformation avec des campagnes menées dans 56 pays sur les 70 touchés par le phénomène. Dans le cadre du réseau social, il est possible de cibler des usagers spécifiques susceptibles d’y réagir et de marteler le même message jusqu’à assimilation.

Outil de déstabilisation modernisé

D’abord il faut rappeler que, évolutions technologiques mises à part, la désinformation s’est toujours trouvée au cœur des luttes entre populations et entre nations . Dans une tribune publiée dans The Hill, le Général Jean-Paul Palomeros, ancien commandant de l’OTAN, rappelle le long historique de désinformation des pouvoirs publics, mais souligne également que les risques auxquels ces derniers font face sont désormais plus grands. Le tout afin de « fragiliser la confiance que les Marocains accordent à leur classe politique » et, in fine, de nuire aux élections à venir, en 2021.

Sortir du temps court de l’information

Pour ce faire elle a collaboré avec Google, Facebook, Twitter, Mozilla et autres Wikimedia pour produire un ensemble de « mesures tangibles de lutte contre la désinformation » imaginée par les plates-formes. Il prévoit de bloquer les revenus publicitaires de certains comptes sur les réseaux sociaux ainsi que l’obligation pour les « publicités politiques » d’être labellisées comme telles. Sous l’effet d’une pression croissante pour relayer l’information au plus vite, la qualité des contrôles de l’information s’est effondrée. Exemple célèbre des effets délétères du temps court, la prise d’otage de l’Hyper Cacher par Amedy Coulibaly, durant laquelle un journaliste avait révélé la cachette de plusieurs otages par accident, ce qui aurait pu leur coûter la vie.

Pour restaurer le lien de confiance avec le public, il est crucial que les médias revoient leur rapport à l’actualité, et sortent de cette course contre la montre qui s’est avérée totalement contre-productive. Le rapport de confiance s’améliore à mesure que les journalistes s’impliquent dans les sections de commentaires et sur les réseaux sociaux.


Aller plus loin…

1 Les principaux biais cognitifs

On parle de biais cognitifs ou de distorsions cognitives. Ils agissent comme des filtres, la personne ne va valider que ce qui va dans le sens du filtre.
Les erreurs systématiques maintiennent chez les personnes leurs croyances de base en dépit
de la présence d’éléments concrets contradictoires
—A.T. Beck.



Exercer son esprit critique

Sur la page ci-dessous, vous trouverez plusieurs liens vers des ressources permettant à vos élèves d’exercer leur esprit critique face aux informations véhiculées par Internet. Les Clés des Médias – Série de 25 vidéos de 2 min. créées par France TV Éducation pour permettre aux élèves d’appréhender les notions essentielles liées aux médias.




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