Le "LancetGate" ou le naufrage de la science business

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@ Marion Mercier, Laura Bleuzen, Laura Bleuzen, Bastien François, Henri DesmarestJulien PainLisa Beaujour Benoît Zagdoun | France Télévisions | Mis à jour le 20/06/2020 | 07:13 | publié le 20/06/2020 | 07:13

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Lorsque la prestigieuse revue médicale britannique The Lancet publie, le 22 mai, son étude sur l’efficacité de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine, ses conclusions défavorables à la molécule font autorité, alors qu’en pleine pandémie de coronavirus le monde entier cherche un remède au Covid-19.

Surgisphere et ses mystérieuses données

Les impressionnantes données médicales – 96 000 dossiers recueillis auprès de 671 hôpitaux sur six continents – sur lesquelles se sont basés les quatre auteurs de l’étude ont été fournies par une petite entreprise de Chicago, Surgisphere, fondée par un chirurgien américain du nom de Sapan Desai.

Du big data fait à la main

« Il faudrait beaucoup de monde pour entrer toutes ces données.» Plusieurs hôpitaux, en Australie comme en Afrique, de même que l’AP-HP à Paris, nient avoir fourni leurs données de santé à Surgisphere. Dès la publication de l’étude, des scientifiques ont pointé notamment les incohérences de la base de données. Parmi les premiers à s’apercevoir du problème, Joe Brew et Carlos Chaccour, respectivement épidémiologiste et chercheur à l’Institut de Barcelone pour la santé mondiale, ISGlobal, qui envoient une lettre au Lancet dès le 26 mai. The Lancet rétracte finalement l’étude le 4 juin.

On se contente de faire confiance. Mais la confiance, ce n’est pas une valeur scientifique. C’est la remise en question, le scepticisme qui est une valeur scientifique.

Joe Brew, épidémiologiste

Des internautes ont également rapidement pointé sur Twitter, sous le hashtag #LancetGate, le manque de crédibilité de Surgisphere et de son équipe, composée notamment d’une ex-mannequin de charme et d’une illustratrice et autrice de littérature de fantasy auto-éditée. Une spécialiste de la falsification scientifique soupçonne même sa thèse de doctorat de contenir des images retouchées.

«Quand on baisse le niveau de surveillance, on risque de faire des erreurs»

« Quand on baisse le niveau de surveillance, on risque de faire des erreurs comme celle-là. Au cours de ces derniers mois, on a vu s’abaisser le niveau de qualité des articles publiés dans les grandes revues», confie le médecin, biologiste et immunologiste.

Sapan Desai, le fondateur de Surgisphere, n’a pas donné accès à sa base de données brutes, ni publié la liste des hôpitaux avec lesquels il serait sous contrat. La rétractation d’une étude comme celle du Lancet n’est pas un cas isolé. Chaque année, 1 500 études scientifiques sont rétractées après publication.

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