Quel visage pour l’agriculture européenne de demain ?

Publié le Modifié


« Les variations de température et les précipitations, ainsi que les conditions météorologiques et climatiques extrêmes, ont d’ores et déjà un impact sur le rendement des récoltes et la productivité des animaux d’élevage en Europe », prévient Blaž Kurnik, expert de l’impact et de l’adaptation au changement climatique à l’Agence européenne de l’environnement.
  • « Selon les projections, les événements météorologiques et climatiques extrêmes devraient se multiplier. » Au moins 22 millions d’agriculteurs et de salariés du secteur agricole en Europe sont directement menacés par les conditions climatiques extrêmes, tandis que 44 millions d’emplois liés à l’agroalimentaire pourraient eux aussi être impactés.
    L’Europe, qui produit un huitième des céréales mondiales, deux tiers du vin à l’échelle du Globe et trois quarts de son huile d’olive, doit adapter son secteur agricole pour faire face aux changements climatiques.

Le changement climatique aura un impact majeur sur les futures récoltes

En janvier dernier, le service changement climatique de Copernicus a annoncé que 2019 avait été la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée dans le monde, poursuivant une série de cinq années consécutives d’une exceptionnelle chaleur.
  • L’Europe, elle, a battu de peu son record d’année la plus chaude. En attendant la publication du bilan 2019 du climat européen en avril prochain, le rapport concernant l’année 2018 indiquait déjà que la tendance des températures en Europe était clairement à la hausse depuis quarante ans, tant au niveau des moyennes saisonnières que des moyennes annuelles. 2018 fait partie des trois années les plus chaudes que l’Europe ait connues, après 2014 et 2015, avec une hausse inhabituelle de près de 1,2 °C par rapport à la période 1981-2010.

Si l’on en croit les prévisions, le changement climatique devrait déstabiliser l’agriculture dans de nombreuses parties de l’Europe, explique B. Kurnik.

  • « Selon les estimations, les régions les plus touchées devraient être le pourtour méditerranéen et le sud-est de l’Europe, à cause, notamment, de la hausse des précipitations et des températures, deux phénomènes qui prolongent et intensifient les épisodes de sécheresse tout en exacerbant la pénurie d’eau ».
  • L’évolution prévisionnelle des moyennes de saison en hiver et en été à la fin du siècle, par rapport aux conditions climatiques actuelles a été modélisée dans le cadre du projet RCP8.
  • La hausse des températures incite les cultures à pousser plus tôt et à se développer plus vite. Les céréales, comme le blé et le maïs, fleurissent et arrivent à maturité une à trois semaines en avance, particulièrement à l’ouest et au nord de l’Europe, pointe l’AEE.
    • Les rendements de maïs, de blé et d’orge sont déjà touchés au sud de l’Europe centrale.

« Les événements extrêmes durant la floraison constituent une vraie menace pour de nombreuses variétés, les céréales en tête », s’inquiète Margarita Ruiz Ramos, experte de l’adaptation des systèmes agricoles aux changements climatiques au CEIGRAM.

  • « La chaleur et la sécheresse qui concernaient surtout les pays méditerranéens auparavant peuvent désormais survenir en Europe centrale également », illustre Margarita Ruiz Ramos. Ces dix dernières années, les événements météorologiques et climatiques extrêmes liés au changement climatique ont coûté près de 14 milliards d’euros à l’agriculture et aux infrastructures rurales italiennes, d’après la confédération des agriculteurs transalpins Coldiretti.
    • En Sardaigne, où les températures moyennes cet hiver ont été 3 °C supérieures à la normale, des inondations de grande ampleur ont succédé à de longs épisodes de sécheresse.

« D’autres événements extrêmes liés aux inondations ou à l’engorgement des sols lors de l’ensemencement et de la récolte peuvent également poser problème dans certaines régions au centre et au nord de l’Europe », ajoute Margarita Ruiz Ramos.

- « Au nord, même si la saison des cultures a tendance à se prolonger, de nouveaux nuisibles et de nouvelles maladies peuvent compromettre une possible hausse des rendements».

S’adapter grâce aux données sur le climat

D’après une enquête, 64,7 % des agriculteurs en Espagne ont déjà changé leur manière de gérer leurs cultures, notamment leur utilisation de l’eau. « Ils investissent dans des systèmes d’irrigation plus efficaces, abandonnant progressivement l’irrigation intensive au profit d’un arrosage au moment opportun », explique Margarita Ruiz Ramos.

« Les exploitants agricoles espagnols modifient aussi progressivement les dates d’ensemencement, ainsi que les variétés cultivées, pour s’adapter aux cycles de vie des cultures et à la météo, tout en réduisant le recours aux engrais », poursuit la spécialiste.

Agence européenne de l’environnement

Il est essentiel de fournir aux agriculteurs des données sur le climat si l’on veut adapter l’agriculture aux conditions météorologiques et climatiques extrêmes en Europe. Plusieurs programmes du service Copernicus concernant le changement climatique affinent leurs données et leurs modèles sur le climat, afin d’aider l’agriculture à mieux réagir aux changements climatiques. Le C3S entend proposer des données en quasi-temps réel, pour faciliter la prise des décisions agricoles et l’évaluation des cultures au quotidien.

  • Il est proposé des données exploitables pour les modèles de cultures, ainsi qu’un certain nombre d’indicateurs spécifiques au secteur.
    • Il s’agit notamment de données historiques et actuelles, mais aussi de variables et de statistiques visant à prévoir les conditions climatiques, les récoltes et les niveaux d’eau à venir. Les exemples d’adaptation à partir des données climatiques sont en hausse.
    • En Toscane, le projet Agricultural Climate Advisory Services a exploité les prévisions climatiques du C3S pour prévoir l’impact des insectes nuisibles sur les oliviers dans le contexte de l’évolution des conditions climatiques. Pour adapter la productivité des cultures en fonction de l’évolution climatique, il convient également de sélectionner les variétés de plants qui résistent le mieux aux menaces météorologiques et aux variations climatiques, souligne Margarita Ruiz Ramos.
    • Au Portugal, l’un des principaux producteurs de porto teste actuellement une application basée sur des données climatiques, dans le but d’améliorer la capacité de son vignoble à s’adapter aux changements climatiques.
    • La Vineyards Integrated Smart Climate Application, une initiative européenne, combine des données climatiques, des informations agricoles et des renseignements spécifiques au viticulteur, afin de planifier les cultures en fonction des changements climatiques. « Pour répondre aux besoins des agriculteurs et des personnes qui travaillent avec eux, nous transposons les données climatiques et utilisons des visuels simples à comprendre », explique Hasse Goosen, directeur des services d’adaptation au climat.
    • « Nous avons transposé les données du C3S en indicateurs spécifiques aux cultures et avons défini des scénarios, appuyés par des cartes, pour expliquer quel sera l’impact, à quel moment de la saison, sur les différentes cultures.»

Le projet fournira un outil pour établir des cartes reprenant les variables qui ont une incidence sur les cultures. Le recours aux données climatiques permet également de mieux protéger les agriculteurs des pertes liées aux conditions météorologiques extrêmes.

À partir de ces ensembles de données, nous pouvons adapter nos produits d’assurance aux paramètres climatiques


Climate-Data

Proposé par
Catégories ,