La sauvegarde de la biodiversité est essentielle pour éviter le prochain COVID-19

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À première vue, les deux problèmes peuvent sembler sans rapport, mais les épidémies et la dégradation des écosystèmes sont profondément liés. Frédéric Baudron, agronome des systèmes au Centre International d’Amélioration du Maïs et du Blé et Florian Liégeois, virologue à l’Institut de Recherche pour le Développement partagent leurs réflexions sur la crise actuelle et le lien entre perte de biodiversité et émergence de maladies infectieuses.

- Le trafic et la consommation de viande de brousse sont probablement à l’origine de l’émergence du COVID-19. L’émergence du SRAS et d’Ebola ont également été le résultat du trafic et de la consommation de viande de brousse.

De quelle manière la perte de biodiversité et les changements d’occupation des terres provoquent-ils une augmentation des zoonoses ?

Premièrement, un contact accru entre la faune, les hommes et leur bétail en raison de leur empiètement sur les écosystèmes. Deuxièmement, la forte présence des espèces sauvages les plus capables d’infecter les Hommes et/ou leur bétail – souvent des rongeurs et des chauves-souris – parce qu’elles prospèrent dans les paysages dominés par l’homme. Troisièmement, les espèces sauvages qui survivent dans les écosystèmes simplifiés ont tendance à être infectées par plus de pathogènes. Dans les écosystèmes non perturbés – plus complexes – les pathogènes ont tendance à être « dilués ».

L’augmentation rapide de la population humaine et de son bétail signifie qu’ils interagissent plus, et plus fréquemment, avec les espèces animales sauvages et les agents pathogènes qu’elles transportent. Aujourd’hui, 7.8 milliards d’humains exploitent presque tous les écosystèmes de la planète. Le trafic d’animaux sauvages et la consommation de viande de brousse ont reçu beaucoup d’attention en tant que cause principale de la propagation de ces virus. Il est difficile de communiquer ce problème efficacement au public.

Mettre fin au trafic et à la consommation de viande de brousse obtient facilement un soutien public, car le lien avec le risque d’émergence de maladies apparait clairement, et bon nombre d’espèce dont proviennent la viande de brousse sont des espèces emblématiques, telles les grands singes et les pangolins. Pensez à votre consommation annuelle de café, thé, chocolat, sucre, textiles, poisson, etc. Mais la crise de la biodiversité n’est souvent pas perçue comme un problème mondial, ni comme un problème urgent. La couverture médiatique de la crise de la biodiversité est huit fois inférieure à celle de la crise climatique. L’agriculture est une cause majeure des changements d’occupation des terres et de perte de biodiversité.

Les pratiques agricoles qui réduisent l’impact sur la biodiversité sont bien connues et constituent le fondement de « l’intensification durable », qui est également le thème d’un programme de recherche du CIMMYT. La réduction de l’impact négatif de la production agricole sur la biodiversité nécessitera un effort mondial et concerté similaire aux accords de Paris pour le climat. Par exemple, recommander une ségrégation des activités humaines et de la biodiversité, en maximisant les rendements sur des surfaces agricoles aussi petites que possible – une approche connue sous le terme anglais de « land sparing » – est tentant pour réduire la possibilité de transmission de pathogènes entre les espèces animales sauvages et les humains et leur bétail. Mais l’agriculture dépend des services écosystémiques maintenus par la biodiversité, tels que le maintien de la fertilité des sols, le contrôle des ravageurs et la pollinisation.

Comment éviter que des pandémies telles que le COVID-19 ne se reproduisent à l’avenir ?

Parallèlement, nous devons également réduire la fréquence de ces épidémies en conservant et en restaurant la biodiversité à l’échelle mondiale, et particulièrement dans les zones à risque pour l’émergence des maladies infectieuses.


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